En cette période de commémoration de la quinzaine des Nations Unies pour la lutte contre les violences faites aux femmes, l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM), réitère l’expression de son inquiétude quant aux différentes formes de violences subies par des milliers de femmes pendant la crise découlant du COVID 19 et leur impact indéniable sur la condition des femmes au Maroc.

En effet, cette pandémie a aggravé les inégalités existantes entre sexes, milieux et couches sociales et mis en évidence les différentes failles de nos systèmes économique et social. Elle a révélé le faible engagement du gouvernement pour la protection des droits des femmes et mis à nu la faiblesse flagrante des mesures juridiques et institutionnelles prises à cet effet, tout en démontrant encore une fois la non-conformité des politiques publiques adoptées, y compris les lois avec les principes constitutionnels et les engagements internationaux du Maroc.

Tout en rappelant au gouvernement que la promotion et la protection des droits des femmes ne peut

se faire de manière parcellaire et lacunaire et en déplorant le manque d’une réelle volonté politique à même d’assurer la pleine citoyenneté des femmes et la garantie de leurs droits les plus fondamentaux, l’ADFM considère que l’accès à tout développement passe inéluctablement par l’opérationnalisation de la non-discrimination et la garantie de l’égalité entre citoyens et citoyennes, et ce à travers un ensemble de mesures urgentes, notamment dans le contexte de la pandémie, en l’occurrence :

  • L’intégration de la lutte contre les violences et les discriminations faites aux femmes dans la réponse à la crise actuelle et dans les programmes et plans de relance de l’après covid 19 ;
  • La mise en place d’un système d’information sur l’impact de la crise sur les femmes et les filles, afin de disposer des données et informations requises pour la prise en considération des droits des femmes dans les plans de relance ;
  • L’élargissement du système de protection social à toutes les catégories de travailleuses et définir des mesures de relance économique qui reconnaissent et valorisent les activités de soins non-rémunérés ;
  • La refonte de la législation pénale, notamment en matière de lutte contre la discrimination et la violence faites aux femmes et apporter les réponses idoines mettant fin à l’impunité et à l’acceptabilité de ces deux fléaux ;
  • L’épuration du code de la famille de toutes les dispositions discriminatoires de manière qu’il reflète la volonté de fonder cette institution de la famille, sur les bases de l’égalité, du respect et de la pleine citoyenneté pour tous les membres la composant ;
  • Réviser la loi N°103-13 conformément aux normes des nations unies en vigueur inhérente à la lutte contre les violences à l’encontre des femmes, et ce en assurant l’opérationnalisation du principe de la diligence voulue et les quatre préalables indispensables pour la lutte contre la violence, à savoir : la prévention ; la protection et la prise en charge des femmes victimes de violences et de leurs enfants ainsi que la sanction des agresseurs ;
  • Actualiser et mettre en œuvre la stratégie nationale de lutte contre les violences faites aux femmes selon une approche globale et concertée et dans le respect des engagements internationaux relatifs aux droits des femmes ;
  • Mettre en place une politique de sensibilisation aux droits des femmes et de promotion de la culture de l’égalité transcendant tous les vecteurs de socialisation ;
  • Activer le processus de mise en place de l’Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination (APALD) et la doter des capacités requises pour assurer l’orientation, le suivi et l’évaluation de la mise en œuvre de l’ensemble des législations et politiques publiques relatives à la promotion et la protection des droits des femmes, conformément aux exigences constitutionnelles et aux principes de Paris ;

 

L’ADFM appelle, dès lors, le gouvernement et ses différents départements, ainsi que tous les acteurs institutionnels, à saisir l’opportunité offerte par le contexte actuel de la pandémie ainsi que de celui de la volonté d’adoption d’un nouveau modèle de développement pour réviser en profondeur les priorités et les stratégies à mettre en place pour relever les défis pour l’effectivité des droits des femmes et invite toutes les parties prenantes à œuvrer pour que cela devienne une réalité.

 

Association Démocratique des Femmes du Maroc (ADFM)

Le 25 novembre 2020