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Droit des femmes au terres collectives : rencontre de soutien
Des femmes des collectivités traditionnelles des environs de Kénitra et d’Ifrane (Haddada, Ouled Oujih, Ouled Hnicha, Ouled Moussa, Saknia, Kasbah Mehdia, Missour...) ont dénoncé, mercredi à Rabat, la discrimination dont elles sont victimes à cause de la pratique qui consiste à priver la femme de son droit à bénéficier de la distribution ou de la cession d’une terre collective.

Lors d’une rencontre de soutien organisée par l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM), ces femmes, dont des chefs de ménages et des veuves issues de couches sociales défavorisées, ont affirmé avoir travaillé dur sur ces terres mais lorsqu’ils a fallu évacuer les lieux sous pression de l’expansion urbaine, les hommes ont été dédommagés alors que les femmes ont été contraintes de quitter la terre qu’elles ont cultivée depuis des années pour aller s’ajouter à la population des bidonvilles sans autre forme d’indemnité. Elles se sont également dites victimes d’une pratique ancestrale du système patriarcal qui n’accorde qu’aux seuls chefs de famille mâles le droit à la succession sur ces terres même si cela ne s’appuie sur aucune loi, contredit les dispositions du nouveau code de la famille et ne trouve aucune justification dans une société où les femmes sont de plus en plus nombreuses à endosser les charges de chef de ménage.

"Nous avons frappé à toutes les portes pour faire valoir notre droit à bénéficier de la distribution des terres collectives, mais nous n’avons reçu aucune réponse et si nous n’arrivons pas à reprendre nos droits, nous serons obligées de quitter la tribu", affirme Mennana, veuve présidente de l’association "Chourouk". "Dans la région de Mehdia, la plupart des hommes sont des marins-pêcheurs, une occupation qui met constamment leur vie en péril. C’est pourquoi la plupart des femmes sont veuves, ce qui les met en situation précaire et les expose, elles et leurs progénitures, à l’exclusion sociale", a-t-elle expliqué. Fatima, de Ben Smim (près d’Ifrane) raconte, quant à elle, le sort réservé à ses correspondances durant un an et demi. "Le problème, c’est que je m’adresse à des députés (chargés de la distribution périodique de terres et de la résolution des conflits) dont la plupart ne sont pas conscients de la situation de la femme", a-t-elle déploré.

Ces femmes ont saisi l’occasion pour faire part de leur mécontentement et dénoncer une situation où des garçons de 16 ans obtiennent indemnisation à la suite de la cession d’une terre collective alors que des veuves chefs de famille sont évacuées des lieux sans indemnisation. Pour sa part, la représentante d’Ouled Oujih, province de Kénitra, a réclamé l’abolition de ces pratiques qui privent la femme de ses droits les plus élémentaires. Il s’agit de pratiques anormales dans un pays qui a accompli de grands pas sur la voie de la consolidation des droits de la femme, a-t-elle souligné.

Les femmes mécontentes ont, de même, estimé que cette situation est préjudiciable non seulement aux veuves et autres femmes mûres, mais aussi aux jeunes filles, comme le cas de l’étudiante Malak (23 ans) qui a livré son témoignage à cette occasion. "Je suis orpheline des deux parents. Mon père était inscrit sur les listes de succession sur les terres collectives mais, après son décès, son nom a été radié des listes pour m’exclure de la succession, ce que je considère comme une injustice", a-t-elle dit.

Intervenant lors de cette manifestation, Mme Saida Idrissi, présidente de la section de l’ADFM de Rabat, a affirmé que cette rencontre, organisée la veille de la célébration au Maroc de la journée nationale de la femme (10 octobre), vise à donner aux femmes des collectivités traditionnelles la parole pour pouvoir exprimer leurs souffrances face à leur exclusion sans dédommagement des terres qui étaient à la fois un moyen de subsistance et une partie de leur raison d’être. Il appartient aux autorités de "prendre en considération les revendications de ces femmes" qui se retrouvent ainsi au prise avec la pauvreté et la précarité alors qu’elles sont dans leur droit, a souligné Mme Idrissi, estimant que cette pratique injuste n’a plus de raison d’être dans un Etat de droit et des institutions. Elle a également fait remarquer que l’accélération du rythme de cession des terres collectives a contribué à la précarisation de la situation d’un grand nombre de femmes.

- Par Fatima Timjerdine
(MAP) 10 octobre 2008