Ensemble pour l'égalité et la dignité
  août 2017  
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En réponse au positionnement de certains de nos oulema …. Communiqué de l’Association Démocratique des Femmes du Maroc
Eu égard à ses titres académiques, les déclarations et analyses récentes livrées par le Dr. Benhamza à un quotidien national à propos d’éventuels et supposés impacts de l’égalité successorale entre les hommes et les femmes sur les familles et la société marocaine sont interpellantes autant sur la forme que sur le fond :

1. Sur la forme

Le Dr. Benhamza s’éloigne de son champ de compétences pour se positionner dans la sphère des pratiques sociales qui demandent des outils et des clefs pour les décoder et les analyser. En effet , le Dr. Benhamza anticipe les effets d’une éventuelle réforme du régime successoral sur la famille et la société marocaine sans s’appuyer sur des éléments factuels ou des données sociologiques et prospectives préalables.

Sa véhémence, très éloignée d’une démarche analytique et réfléchie, s’apparente plus à un discours polémiste et à un positionnement idéologique qu’à celle qui devrait motiver un cheikh, qui de surcroit, est président du conseil régional des oulémas de l’oriental.


2. Sur le fonds
Le Dr. Benhamza avance un certain nombre d’arguments, pour fonder son opposition farouche à toute révision de la législation successorale, que nous reprenons un à un :
Le Dr. Benhamza qui qualifie celui qui veut être équitable vis-à-vis de ses enfants de deux sexes de « folie », oublie ou ignore que la pratique de contournement des règles successorales a toujours existé aux dépens ou au bénéfice de la parentèle féminine (épouses et filles) etc. Ces pratiques sociales enregistrent actuellement un essor important, généralement en faveur de la descendance féminine. Selon le Dr. Benhamza, les femmes n’ont même pas accès aux droits consacrés par la législation actuelle et, notamment, aux terres collectives. Nous lui serons reconnaissantes d’informer l’opinion publique sur ses actions et initiatives pour rétablir la justice et une application stricte des percepts religieux ? Qu’a t’il fait en tant que « alem » pour dénoncer certaines pratiques visant à priver les femmes de leur droit à l’héritage et pourquoi est il resté silencieux à un moment ou les femmes soulaliyates des terres collectives se mobilisent pour revendiquer leur reconnaissance comme des ayants droits au même titre que les hommes ?
Dr. Benhamza a une vision curieuse et inacceptable des femmes. En tant qu’universitaire, il devrait prendre connaissance des réalités de la société marocaine au lieu de continuer à vouloir consacrer des mythes qui n’ont plus rien à voir avec les vécus des familles, des femmes et de la société marocaine. Il est étonnant de constater qu’en dépit de la révision du code de la famille et du fait qu’il était lui-même membre de la commission chargée de la réforme, le Dr. Benhamza continue à présenter les femmes comme étant dénuées de raison, de capacité et de droits. Ne sait-il pas que 1 ménage sur 5 a à sa tête une femme et que les femmes travaillent et participent au patrimoine familial ? Dans beaucoup de cas, ce sont les filles qui entretiennent leurs familles et se retrouvent au décès du père dépourvues du fruit de leurs efforts et labeurs. Le discours de Benhamza nous rappelle les oppositions farouches de certains milieux lorsque le Coran a établi le droit des femmes à l’héritage. N’est-il pas à contre courant du message de la Révélation à un moment où les réalités sociales ont évolué afin de conserver à ce message de justice sa finalité et pertinence ? Le Dr. Benhamza peut-il affirmer qu’aujourd’hui, les hommes continuent à prendre totalement en charge au plan matériel et financier leur parentèle féminine en situation de vulnérabilité économique et/ou sociale (sœurs et autres parentes) ? Bien sûr que non, alors la prééminence des hommes en matière d’héritage se justifie t’elle encore ? Le Dr. Benhamza trouve t-il juste et équitable que parce qu’elles n’ont pas de frères, les filles peuvent se trouver dépouillées par leurs oncles et autres parents ? Dans tous les cas, de nombreux pères aujourd’hui, sont suffisamment dotés de raison pour procéder au contournement de la règle sur « taasib » au profit de leurs filles de leur vivant. Est- il juste de donner la priorité et la prééminence aux hommes du seul fait qu’ils sont de sexe masculin ? La justice sociale implique la prise en compte de la diversité des situations : celles des veuves qui se retrouvent du jour au lendemain chassées de leur maison ou de leurs petites exploitations familiales alors qu’elles y ont consacré toute une vie ? Comment prendre en compte d’autres situations telles que l’handicap, la maladie ou celle de filles qui ont consacré leur vie à leurs parents malades ou impotents ?
S’il faut saluer le dynamisme du cheik et sa promptitude à prendre position sur les questions et débats nationaux, toutefois la société marocaine est traversée aujourd’hui par des mutations notamment par une montée de la quête de l’égalité et de la justice qui s’exprime sur différents registres et notamment celui de l’égalité successorale. Notre pays gagnerait à l’instauration d’un débat sérieux, responsable et constructif et non pas aux déclarations incendiaires qui ne font pas avancer le débat et ne proposent aucune solution.

ADFM
Juin 2010